Histoire

Le 24 juillet 1947 à Genève, messieurs Roger Fischer, Charles Schafroth et Charles Gros signent les statuts d’une association dénommée «Maison de loisirs et de repos, Jussy». Le but de cette association est «la gestion de Clair-Vivre, maison située chemin des Grands-Bois 1254 à Jussy, destinée «aux loisirs des enfants de toutes nationalités»(article 4). À l’origine, le lieu était géré par l’association des samaritains ouvriers, association aujourd’hui dissoute.

En pleine nature, ce lieu merveilleux a pour mission d’accueillir des enfants et de leur offrir un cadre pour découvrir les richesses de notre environnement. Proche de la ville de Genève grâce au bus, la maison se trouve entourée de champs, en lisière d’une forêt dont une belle portion appartient à la Fondation Clair-Vivre. Idéal pour jouer, découvrir, explorer, ce cadre doit permettre également de stimuler les relations à l’autre, à la différence. Créant un lien fort à la nature, les enfants doivent pouvoir développer cette relation avec la terre, les arbres, la forêt mais également le compagnon de jeu, le camarade quelles que soient les différences.

Biographie

Docteur Roger FISCHER (1902-1974)
Fondateur de Clair-Vivre à Jussy

Le Dr Fischer est né à Paris en 1902, mais c’est au collège Calvin qu’il a fait sa maturité, en 1918. Il a ensuite poursuivi ses études de médecines et a acquis le titre de F.M.H. (chirurgie) en 1933. De 1937 à 1946, il a été directeur de l’Hémocentral puis, directeur du Centre de transfusion sanguine.
Chevalier de la Légion d’honneur en 1945, trois ans plus tard chevalier de l’Ordre de la santé et, en 1956, le Docteur Fischer reçoit la médaille d’or du Courage et du dévouement (France).
A l’Université, il a donné des cours dès 1939 en physico-chimie médicale, transfusion, hémostase d’urgence, réanimation, physiopathologie chirurgicale, etc.
Le Dr Roger Fischer a publié de nombreux travaux dans le journal suisse de médecine, dans Praxis et ailleurs. Enfin, innombrables sont ceux qui ont été soignés dans la clinique privée du Dr Fischer à Champel.
Infatigable organisateur, possédant un rare sens social et une indiscutable facilité de contact, liée à un art consommé pour convaincre, il sut réaliser ses œuvres, telles que la création du dispensaire ouvrier des Pâquis, à la rue Rossi, ainsi que la plage artificielle pour les enfants privés des joies du soleil, le tout réalisé par des ouvriers bénévoles, toutes professions confondues.
Dispensaire ouvrier des Pâquis
Durant grande crise des années 30, la vie était dure à Genève. Dans le contexte social troublé de l’époque, la création du Dispensaire ouvrier des Pâquis représente un progrès important. La genèse du dispensaire plonge ses racines dans les évènements tragiques de novembre 1932. Lors d’une manifestation populaire, l’armée tire sur la foule massée au boulevard du Pont-d’Arve ; treize personnes seront tuées, et l’on dénombrera 70 blessés.
Cette fusillade marquera le point culminant d’une crise politique et économique qui couvait depuis longtemps. Elle provoquera aussi, chez nombre de Genevois, une prise de conscience humanitaire. Ainsi, le vieux professeur Kummer, soignant les blessés jusqu’à l’aube, et disant à son collègue Roger Fischer : « J’aimerais mieux être mort que d’avoir vu cela. »
Des Samaritains ouvriers…
Quant à ce même docteur Fischer, futur fondateur du dispensaire et chirurgien de talent, il comprit alors « que toute une catégorie de notre population, la plus défavorisée, la plus modeste, méritait d’être intéressé aux problèmes de santé publique ». Joignant l’action à la parole, il mit sur pied les Samaritains ouvriers de Genève, auxiliaires sanitaires bénévoles qui jouèrent depuis un rôle sans égal dans la vie médicale locale, même internationale. Pendant la guerre d’Espagne, par exemple, ils participèrent activement à l’envoi sur le front républicain de convois spéciaux, chargés d’y amener du sang et du matériel sanitaire. C’était le docteur Fischer, toujours lui, qui en avait inventé la méthode conservation, se trouvant à l’origine des premiers centres de transfusion sanguine.
Issu de la grande crise économique des années trente, le Dispensaire fut créé en 1936 par le docteur Roger Fischer, également fondateur des Samaritains ouvriers de Genève. Cet éminent chirurgien avait été, ainsi que plusieurs de ses collègues médecins de l’époque, sensibilisé à la détresse de toute une frange défavorisée de la population. Soins gratuits, bénévolat, engagement social constant en faveur des plus démunis : le palmarès du Dispensaire est impressionnant. A son actif, notons entre autres la création de la première plage artificielle (solarium) de Suisse en 1938, la fondation du préventorium de Clair-Vivre à Jussy et l’organisation de visites médicales pour les enfants de familles ouvrières qui partaient en colonie de vacances. Puis, bien sûr, l’activité médico-sanitaire de tous les jours, avec son cortège de visites, de soins, de vigilance et d’attention… Avec aussi la fidélité des équipes soignantes, qui se dévouaient sans compter, travaillant même au tout début, vingt-quatre heures sur vingt-quatre…
Organisation du Centre de Transfusion sanguine de l’Hôpital Cantonal de Genève
Dès 1936, il organise l’Hémocentral, le premier Centre de sang conservé dans nos contrées. Les premières expéditions régulières de grandes quantités de sang conservé à transfuser sont parties par avion de ce Centre pour l’Espagne.
En 1946, le Centre de transfusion sanguine était créé par la fusion de l’Hémocentral avec le Service de la Croix-Rouge, à l’Hôpital Cantonal, il devenait à la fois le centre de transfusion de l’Hôpital Cantonal et le Centre de transfusion de la Section Genevoise de la Croix-Rouge Suisse. Cette fusion et l’extrême bonne volonté rencontrée auprès des divers chefs de services et médecins du canton, permirent l’établissement du Centre de Genève et d’organiser son travail selon les conceptions que nous croyons les plus efficaces et les mieux adaptés aux conditions normales de la transfusion sanguine.
Roger Fischer sera nommé major médecin responsable du centre de transfusion de l’armée entre 1939 et 1945. Durant la mobilisation de 500’000 hommes, le 2 septembre, le Général Guisan, conscient des risques en vue, nomme le chirurgien Roger Fischer major médecin, responsable des problèmes sanguins de l’armée.
Son action sociale et humanitaire au sein de notre République en faveur de nos populations les plus déshéritées intervient à un moment difficile de son histoire, qui précède la seconde guerre mondiale.
Clair-Vivre, Maison de loisirs et de repos
En 1945, la guerre est terminée, la paix et l’espoir renaissent. A l’angoisse succède l’enthousiasme pour la liberté, pour plus de justice et l’on va se pencher sur les séquelles laissées par le conflit. Les samaritains ouvriers de Genève se sont déjà manifestés depuis plusieurs décennies au service des travailleurs, de leurs organisations économiques, sportives, culturelles et politiques, leurs activités sont liées aux grands évènements européens, lutte antifasciste, et ce sont de leurs rangs que sortent de nombreux militants qui s’engagent aux côtés des républicains espagnols et participent à résoudre les problèmes sanitaires qu’entraînent leurs luttes.
1947, c’est le moment que choisi le Dr Roger Fischer pour mette à disposition des enfants de condition modestes un préventorium à proximité de la ville qui leur garantit un changement d’air sans recourir à un long déplacement ; il acquiert pour cela une propriété à Jussy, qui deviendra après de nombreux travaux et agrandissements Clair-Vivre, ce sera un complément du Dispensaire Ouvrier des Pâquis, dont les soins prodigués et la plage artificielle aménagée ont permis à de nombreux travailleurs et à leurs enfants de recouvrer une parcelle de leur santé.
Nombres de travailleurs et aussi de chômeurs ont travaillé à faire de cette petite ferme-dépôt une maison accueillante et bine aménagée en sanitaires, lavabos, douches, salle de bains, chambres et dortoirs. Beaucoup de petits colons retrouvaient là ce qu’ils ne pouvaient trouver dans les logements.
Le 19 novembre 1974, le Docteur Roger Fischer s’est éteint à Genève à l’âge de 72 ans.

Carte postale
Photo Musée d’Ethnographie Genève
Référence au dos de la carte :
QUAND ON A LA SANTE !
Musée d’ethnographie
Genève
Plage artificielle ou les vertus de la lampe à rayons ultraviolets.
Dispensaire ouvrier des Pâquis, année 1940, photo A.Kern.

Citation

Editorial du Dr Roger Fischer pour la plaquette du festival de soutien à Clair Vivre,
Kursaal de Genève les 1er et 2 avril 1944

« La colonne samaritaine ouvrière fut fondée voici dix ans. Les réalisations parlent pour elle : Elle fut l’initiatrice de créations heureuses utiles à notre cité ; De la rue Rossi où elle donna vie au Dispensaire ouvrier des Pâquis ; à Machilly, des pentes des Voirons au bois de Jussy, nos Samas ont affirmé leur optimisme, leur volonté créatrice.
Adultes d’aujourd’hui, nous sommes les enfants d’une dernière guerre déjà meurtrière dans le corps et l’esprit de ceux qui l’ont vécue ; efforçons-nous par toutes ces œuvres de l’enfance d’éviter ou de réduire au minimum les suites inéluctables de cette entreprise de destruction qu’est la guerre totalitaire. Nous voulons que les enfants gardent l’espoir de vivre la joie de l’avenir qui nous fut refusée. Ainsi espérons-nous aider la venue d’une génération forte, volontaire et vigilante à protéger ce qu’elle aura créé : un monde où la loi du profit aboli et l’esprit de la communauté exalté donneront à chacun, selon ses besoins dans le bien-être, la paix et le bonheur. »

Dr R. FISCHER, président